RT existant vs RE2020 : quelles règles s'appliquent à vos chantiers ?
La réglementation thermique applicable à un chantier dépend d'un critère simple : s'agit-il d'une construction neuve ou d'une intervention sur un bâtiment existant ?
Sommaire
- Quel référentiel thermique s'applique à votre projet ?
- RE2020 : que couvre la réglementation pour le neuf ?
- RT existant élément par élément : quelles obligations en rénovation partielle ?
- RT existant globale : quand s'applique-t-elle aux rénovations lourdes ?
- Tableau comparatif : RT existant vs RE2020 en un coup d'oeil
- Seuils RE2020 2025 : ce qui a changé au 1er janvier
- DPE et passoires thermiques : le calendrier qui accélère la rénovation
- Comment choisir le bon référentiel sur le terrain ?
- FAQ
- Sources
Quel référentiel thermique s'applique à votre projet ?
La réglementation thermique applicable à un chantier dépend d'un critère simple : s'agit-il d'une construction neuve ou d'une intervention sur un bâtiment existant ? En neuf, c'est la RE2020 qui s'impose depuis le 1er janvier 2022 pour les logements. En rénovation, c'est la RT existant, déclinée en deux volets distincts selon l'ampleur des travaux.
Confondre les deux référentiels expose à des erreurs coûteuses : surdimensionnement inutile en rénovation, ou sous-estimation des exigences carbone en construction neuve. Selon le ministère de la Transition écologique, les exigences diffèrent radicalement entre ces deux cadres, tant en termes d'indicateurs que de niveaux de performance.
En bref : la RE2020 s'applique aux constructions neuves avec des exigences énergétiques et carbone. La RT existant encadre les rénovations, soit par élément (travaux ponctuels), soit de façon globale (rénovation lourde). Cet article détaille les seuils, les conditions de déclenchement et les différences concrètes entre ces trois cadres réglementaires.
RE2020 : que couvre la réglementation pour le neuf ?
Quels bâtiments sont soumis à la RE2020 ?
La RE2020 s'applique à tout bâtiment neuf dont le permis de construire a été déposé à compter du 1er janvier 2022 pour les logements (maisons individuelles et logements collectifs), et du 1er juillet 2022 pour les bureaux et bâtiments d'enseignement.
Le périmètre s'élargit progressivement. Depuis le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026, dix nouvelles catégories de bâtiments tertiaires (hôtels, commerces, restaurants, crèches, EHPAD, gymnases, aérogares) rejoindront le dispositif au 1er mai 2026. Cette extension concerne environ 70 % du parc tertiaire futur.
Quels sont les indicateurs clés de la RE2020 ?
La RE2020 repose sur six indicateurs, répartis en trois piliers :
Pilier énergie :
- Bbio (besoin bioclimatique) : mesure la qualité de conception du bâti, indépendamment des systèmes de chauffage. Plus le Bbio est bas, moins le bâtiment a besoin d'énergie.
- Cep (consommation d'énergie primaire) : plafonne la consommation totale pour le chauffage, la climatisation, l'eau chaude sanitaire, l'éclairage et les auxiliaires. Pour une maison individuelle, le seuil se situe autour de 75 kWh/m2/an.
- Cep,nr (consommation d'énergie primaire non renouvelable) : limite la part d'énergie fossile dans le mix.
Pilier carbone :
- Ic construction : poids carbone des matériaux et équipements sur tout le cycle de vie du bâtiment.
- Ic énergie : émissions de CO2 liées à l'exploitation énergétique sur 50 ans.
Pilier confort d'été :
- DH (degrés-heures d'inconfort) : évalue le nombre d'heures où la température intérieure dépasse un seuil de confort, sans recours à la climatisation.
C'est un changement de paradigme par rapport à la RT2012 : la RE2020 ne se contente plus de limiter les consommations. Elle intègre le poids carbone de la construction elle-même et la résilience face aux épisodes de chaleur. Pour comprendre comment ces exigences s'articulent avec les obligations de la loi AGEC en matière de matériaux, les deux cadres réglementaires se complètent directement.
RT existant élément par élément : quelles obligations en rénovation partielle ?
Quand s'applique la RT existant élément par élément ?
Ce volet s'applique à la majorité des chantiers de rénovation en France. Dès que vous remplacez ou installez un composant du bâti (isolation, menuiseries, système de chauffage, ventilation), l'élément posé doit atteindre une performance thermique minimale définie par l'arrêté du 3 mai 2007, modifié le 22 mars 2017.
Sont concernés :
- Tous les bâtiments résidentiels et tertiaires existants, quelle que soit leur surface.
- Tous les bâtiments construits avant 1948 (qui ne peuvent pas relever de la RT globale).
- Les bâtiments de plus de 1 000 m2 lorsque les travaux ne déclenchent pas les seuils de la RT globale.
Quelles résistances thermiques minimales respecter ?
Les valeurs de résistance thermique (R) minimales dépendent du type de paroi et de la zone climatique. Voici les seuils en vigueur après les révisions de 2017 et 2023 :

| Paroi | R minimal (m2.K/W) | Précisions |
|---|---|---|
| Murs en façade ou pignon | 2,2 à 3,7 | Variable selon zone climatique (H1, H2, H3) |
| Combles aménagés / rampants | 6,0 | Toitures de pente inférieure à 60° |
| Combles perdus | 5,2 | Isolation au sol du comble |
| Toitures-terrasses | 4,5 | Isolation par l'extérieur ou sous étanchéité |
| Planchers bas sur local non chauffé | 2,1 à 3,0 | 3,0 en zones H1/H2, 2,1 en zone H3 |
| Fenêtres | Uw < 1,8 W/m2.K | Double vitrage à isolation renforcée obligatoire |
Ces valeurs s'appliquent au composant installé, pas à l'ensemble du bâtiment. Aucune étude thermique globale n'est requise. Le professionnel doit simplement s'assurer que le produit posé respecte ces seuils.
💡 Exemple : vous remplacez les fenêtres d'un pavillon des années 1970 en zone H1. Chaque fenêtre posée doit afficher un coefficient Uw inférieur ou égal à 1,8 W/m2.K. Pas besoin de recalculer la performance globale du bâtiment.
Et les travaux embarqués ?
Depuis le décret n° 2016-711 du 30 mai 2016, certains travaux déclenchent une obligation d'isolation dite "embarquée" :
- Ravalement de façade : isolation des murs par l'extérieur obligatoire (sauf contraintes techniques ou architecturales documentées).
- Réfection de toiture : isolation de la toiture à effectuer simultanément.
- Aménagement de pièces habitables : les nouvelles pièces doivent respecter les seuils de la RT existant.
Ces obligations ont élargi le champ d'application de la RT existant bien au-delà de la seule volonté du maître d'ouvrage.
RT existant globale : quand s'applique-t-elle aux rénovations lourdes ?
Trois conditions cumulatives à vérifier
La RT existant globale s'applique uniquement lorsque trois critères sont réunis simultanément (arrêtés du 13 juin 2008 et 8 août 2008) :
- Surface : SHON supérieure à 1 000 m2.
- Date de construction : bâtiment achevé après le 1er janvier 1948.
- Coût des travaux : montant des travaux de rénovation thermique supérieur à 25 % de la valeur hors foncier du bâtiment. Les seuils de référence sont fixés à 322 euros HT/m2 pour les logements et 275 euros HT/m2 pour les locaux non résidentiels.
Si l'un de ces trois critères n'est pas rempli, la RT globale ne s'applique pas. Le projet relève alors de la RT élément par élément.
⚠️ Attention : un bâtiment construit avant 1948, même de grande surface et avec un budget de rénovation élevé, relève toujours de la RT élément par élément. La RT globale l'exclut explicitement, en raison des contraintes structurelles et patrimoniales propres au bâti ancien.
Quelles exigences en RT globale ?
Contrairement à la RT élément par élément, la RT globale impose une performance d'ensemble du bâtiment après travaux :
- Consommation énergétique (Cep) : entre 80 et 195 kWh/m2/an selon le type de chauffage et la zone climatique.
- Gain minimal : 30 % de réduction de la consommation par rapport à l'état antérieur pour les bâtiments tertiaires.
- Confort d'été : la température intérieure conventionnelle doit rester inférieure à la température de référence.
Une étude thermique complète (calcul Th-C-E ex) est obligatoire avant le dépôt du permis de construire ou de la déclaration préalable.
Tableau comparatif : RT existant vs RE2020 en un coup d'oeil
| Critère | RE2020 (neuf) | RT existant globale (rénovation lourde) | RT existant élément par élément (rénovation partielle) |
|---|---|---|---|
| Bâtiments concernés | Constructions neuves (PC depuis 01/2022) | Existant > 1 000 m2, post-1948, travaux > 25 % valeur | Tout bâtiment existant rénové |
| Texte de référence | Décret du 29 juillet 2021 | Arrêtés du 13 juin et 8 août 2008 | Arrêté du 3 mai 2007 (modifié 2017) |
| Indicateurs | Bbio, Cep, Cep,nr, Ic construction, Ic énergie, DH | Cep global, confort d'été | R par paroi, Uw fenêtres, COP systèmes |
| Exigence carbone | Oui (Ic construction + Ic énergie) | Non | Non |
| Confort d'été | Oui (DH obligatoire) | Oui (température de référence) | Non |
| Étude thermique | Obligatoire (calcul RE2020) | Obligatoire (Th-C-E ex) | Non requise |
| Niveau de performance | Bâtiment quasi zéro énergie | Cep 80-195 kWh/m2/an | Performance minimale par composant |
| Attestation | Attestation RE2020 à l'achèvement | Attestation de prise en compte | Aucune attestation |
Ce tableau montre que les trois cadres réglementaires ne jouent pas dans la même catégorie. La RE2020 fixe un standard global intégrant le carbone. La RT globale impose un objectif de résultat sur la consommation. La RT élément par élément se limite à garantir que chaque composant posé ne dégrade pas la performance du bâti.
Seuils RE2020 2025 : ce qui a changé au 1er janvier
Ic construction : le carbone matériaux se resserre
Depuis le 1er janvier 2025, les seuils d'impact carbone de la construction ont été abaissés pour toutes les typologies de bâtiments. La FFB détaille les évolutions :
| Indicateur | Maisons individuelles | Logements collectifs |
|---|---|---|
| Ic construction 2022-2024 | 640 kg CO2/m2 | 740 kg CO2/m2 |
| Ic construction 2025 | 530 kg CO2/m2 (-17 %) | 650 kg CO2/m2 (-12 %) |
| Ic construction 2031 (cible) | 415 kg CO2/m2 | 490 kg CO2/m2 |
Ic énergie : le logement collectif rattrapé
Le changement le plus marqué concerne l'Ic énergie des logements collectifs non raccordés à un réseau de chaleur : le seuil passe de 560 à 260 kg CO2/m2, soit une baisse de 53 %. Pour les maisons individuelles non raccordées, le seuil reste stable à 160 kg CO2/m2.
Autre évolution structurante : la suppression de la modulation Mided. Les données environnementales par défaut (MDEGD) sont désormais comptabilisées à 100 %, sans ajustement. Concrètement, les constructeurs qui n'utilisent pas de FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) spécifiques à leurs produits subissent un malus carbone significatif.
💡 Conseil terrain : demandez systématiquement les FDES de vos matériaux à vos fournisseurs. Sans FDES spécifique, la valeur par défaut gonfle l'Ic construction et peut compromettre la conformité du projet.
Bbio, Cep et DH : pas de changement
Les indicateurs Bbio, Cep, Cep,nr et DH restent stables pour toute la durée d'application de la RE2020. Les seuils fixés en 2022 continuent de s'appliquer. Les prochains paliers carbone interviendront en 2028, puis 2031, avec des exigences encore plus strictes.

DPE et passoires thermiques : le calendrier qui accélère la rénovation
Le DPE (diagnostic de performance énergétique) n'est pas une réglementation thermique à proprement parler. Mais son calendrier d'interdiction de location pousse massivement les propriétaires bailleurs vers la rénovation, et donc vers l'application de la RT existant.
Selon le Service de la donnée et des études statistiques, la France compte 3,9 millions de passoires thermiques (classes F et G), soit 12,7 % du parc de résidences principales.
| Échéance | Classe DPE interdite à la location | Logements concernés |
|---|---|---|
| 1er janvier 2025 | Classe G | 600 000 logements |
| 1er janvier 2028 | Classe F | 1,2 million de logements |
| 1er janvier 2034 | Classe E | 2,6 millions de logements |
Ces interdictions vont générer un volume considérable de travaux soumis à la RT existant dans les années à venir. Pour les entreprises du bâtiment, maîtriser les exigences de la RT élément par élément devient un prérequis commercial autant que réglementaire.
⚠️ Attention : atteindre les niveaux de la RE2020 en rénovation n'est ni obligatoire ni toujours réaliste, notamment dans le bâti ancien où les contraintes architecturales limitent les épaisseurs d'isolant. Les exigences de MaPrimeRenov' et des CEE se situent souvent au-dessus de la RT existant, sans atteindre le niveau RE2020.
Comment choisir le bon référentiel sur le terrain ?
L'arbre de décision en 4 questions
Pour identifier le cadre réglementaire applicable à un chantier, posez-vous ces quatre questions dans l'ordre :
- S'agit-il d'une construction neuve ? Si oui : RE2020.
- Le bâtiment existant fait-il plus de 1 000 m2, a-t-il été construit après 1948, et le coût des travaux dépasse-t-il 25 % de sa valeur ? Si les trois conditions sont réunies : RT existant globale.
- Les travaux portent-ils sur le remplacement ou l'installation d'un composant du bâti ? Si oui : RT existant élément par élément.
- Un ravalement, une réfection de toiture ou un aménagement de combles est-il prévu ? Si oui : obligation de travaux embarqués en plus.
Les erreurs fréquentes à éviter
Appliquer la RE2020 en rénovation. Certains maîtres d'ouvrage ou bureaux d'études fixent des objectifs RE2020 sur des chantiers de rénovation. C'est louable d'un point de vue performance, mais ce n'est pas le cadre réglementaire applicable. Le risque : un surcoût non justifié et des choix techniques inadaptés au bâti existant.
Ignorer la RT globale sur les grandes opérations. Un promoteur qui rénove un immeuble de bureaux de 2 500 m2 construit en 1975, avec un budget travaux conséquent, peut basculer sans le savoir en RT globale. L'absence d'étude thermique Th-C-E ex dans ce cas constitue une non-conformité.
Oublier les travaux embarqués. Un ravalement de façade sans isolation thermique par l'extérieur (sauf dérogation justifiée) expose le maître d'ouvrage à des sanctions. Le décret de 2016 a rendu cette obligation incontournable.
💡 Bonne pratique : sur chaque devis de rénovation, indiquez la réglementation thermique applicable et les valeurs de performance des composants posés. Cette transparence protège l'entreprise en cas de litige et valorise son expertise auprès du client.
FAQ
La RE2020 s'applique-t-elle aux bâtiments en rénovation ?
Non. La RE2020 concerne exclusivement les constructions neuves dont le permis de construire a été déposé depuis le 1er janvier 2022 (logements) ou le 1er juillet 2022 (bureaux, enseignement). En rénovation, c'est la RT existant qui s'applique, dans son volet élément par élément ou globale selon l'ampleur des travaux.
Quelle est la différence entre RT existant globale et élément par élément ?
La RT existant globale impose un objectif de performance énergétique d'ensemble (Cep entre 80 et 195 kWh/m2/an) et nécessite une étude thermique. Elle ne s'applique qu'aux bâtiments de plus de 1 000 m2, construits après 1948, avec un coût de travaux supérieur à 25 % de la valeur du bâtiment. La RT élément par élément, plus courante, fixe des seuils de performance minimale pour chaque composant remplacé, sans étude globale.
Les seuils RE2020 ont-ils changé en 2025 ?
Les seuils carbone ont été renforcés au 1er janvier 2025. L'Ic construction passe à 530 kg CO2/m2 pour les maisons individuelles (-17 %) et 650 kg CO2/m2 pour les logements collectifs (-12 %). L'Ic énergie des logements collectifs chute de 53 %. En revanche, les indicateurs Bbio, Cep et DH restent inchangés.
Un bâtiment construit avant 1948 peut-il relever de la RT globale ?
Non, jamais. Les bâtiments achevés avant le 1er janvier 1948 sont explicitement exclus du périmètre de la RT existant globale, quelles que soient leur surface et le montant des travaux. Ils relèvent systématiquement de la RT existant élément par élément.
Quelles sont les prochaines échéances réglementaires à surveiller ?
Le 1er mai 2026 marque l'extension de la RE2020 à dix nouvelles catégories de bâtiments tertiaires (hôtels, commerces, EHPAD, crèches). Les prochains paliers carbone de la RE2020 interviendront en 2028 puis 2031. Côté DPE, les logements classés F seront interdits à la location en 2028.
Les aides financières exigent-elles des performances supérieures à la RT existant ?
Oui, dans la plupart des cas. MaPrimeRenov' et les certificats d'économies d'énergie (CEE) imposent des résistances thermiques supérieures aux minima de la RT existant. Par exemple, MaPrimeRenov' exige un R de 6,5 m2.K/W pour les combles, contre 4,5 m2.K/W pour la RT existant sur une toiture-terrasse.
Sources
- Ministère de la Transition écologique, "Exigences réglementaires thermiques pour les bâtiments existants", ecologie.gouv.fr
- Ministère de la Transition écologique, "Réglementation environnementale RE2020", ecologie.gouv.fr
- Fédération Française du Bâtiment, "RE2020 : de nouveaux seuils applicables depuis le 1er janvier 2025", ffbatiment.fr
- Etude-BET, "Seuils carbone 2025 RE2020 : ce qui change pour votre projet", 2025, etude-bet.fr
- Etude-BET, "RE2020 janvier 2026 : les 10 nouveaux bâtiments concernés", 2025, etude-bet.fr
- Batirama, "Extension de la RE2020 à de nouveaux segments du tertiaire à partir du 1er janvier 2026", batirama.com
- Service-public.fr, "Les passoires thermiques les moins bien isolées ne peuvent plus être mises en location", service-public.fr
- Ministère de l'Économie, "Ce qu'il faut savoir sur le diagnostic de performance énergétique (DPE)", economie.gouv.fr
- Hellio, "RT existant : comprendre la réglementation thermique", copropriete.hellio.com
- ISOVER, "Réglementation Thermique des bâtiments Existants", isover.fr
- Placo, "RT existant : norme isolation thermique", placo.fr
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